Jean-Joël Fraizy du CIBC : « De plus en plus de diplômés bac+5 veulent se former à l’agriculture, aux métiers de la nature, à l’artisanat »

 In Nos clients - Leur histoire

Il y a environ 30 ans, la question de l’orientation professionnelle commençait à peine à se poser.

C’est dans ce contexte qu’ont été conçus un certain nombre d’outils et de méthodes, dont le bilan de compétences. Et c’est dans ce contexte que sont apparus les premiers Centres Interinstitutionnel de Bilan de Compétences (CIBC).

2018 – Face à la réforme sur la formation “Pour la liberté de son choisir son Avenir Professionnel” qui vient d’être adoptée, Jean-Joël Fraizy, membre et administrateur de la Fédération Nationale des Centres Interinstitutionnels de Bilan de Compétences (FNCIBC), et directeur du CIBC Alpes-Provence, est en première ligne. Il a d’ailleurs animé un atelier au Centre Amadeus début octobre à ce sujet.

Quel regard porte-t-il sur l’entreprise et la place qu’elle accorde à la formation et l’orientation professionnelle de ses salariés ?

Quelles sont les problématiques de la formation à venir ?

Enfin, quelle place donne le CIBC Alpes-Provence au numérique dans son travail d’accompagnement ?

Nous lui avons posé toutes ces questions lors d’un entretien.

Salariés, non diplômés, cadres… À quel public vous adressez-vous ?

Jean-Joël Fraizy, directeur du CIBC Alpes-Provence

Nous avons vocation à être généraliste.

Toutes les catégories socio-professionnelles sont représentées parmi les 700 à 1000 personnes que nous accompagnons par an.

Certaines de nos prestations sont destinées aux personnes peu qualifiées ou aux demandeurs d’emploi mais le bilan de compétences ou la VAE concerne également les cadres, artisans, indépendants, professions libérales

Par ailleurs, nous disposons de conseillers spécialisés qui nous permettent d’adapter notre intervention. Par exemple, certains de nos collaborateurs sont spécialisés dans l’accompagnement de personnes niveau Master et Doctorat.

Nous disposons également de 4 conseillers spécialisés dans l’orientation professionnelle des personnes en situation de handicap.

Ceci étant, nous avons de moins en moins de demandeurs d’emploi parce que Pole Emploi internalise ses prestations d’accompagnement.

Le CIBC Alpes-Provence propose des services d’accompagnement en orientation professionnelle dans les Bouches-Du-Rhône, les Alpes de Haute Provence, et les Hautes Alpes depuis 30 ans, et fait partie de la Fédération Nationale des Centres Interinstitutionnels de Bilan de Compétences.

Créée en 2000, la FNCIBC est une association Loi 1901 regroupant une soixantaine d’entités locales, dont le CIBC Alpes-Provence, spécialisées dans le conseil et l’orientation professionnelle pour les adultes.

On dénombre aujourd’hui 250 agences et 700 collaborateurs sur tout le territoire.

Les domaines d’action du CIBC Alpes-Provence :

  • Le bilan de compétences
  • L’accompagnement à la constitution d’un dossier en vue d’une Validation des Acquis de l’Expérience (A.E),
  • L’évaluation en vue de la délivrance d’un certificat CléA (socle de connaissances et compétences professionnelles), qui atteste de la maîtrise de 7 compétences de base pour les personnes non diplômées,
  • L’accompagnement spécifique pour les personnes handicapées dans le cadre de la Prescription Spécifique d’Orientation Professionnelle (S.O.P),
  • L’accompagnement des employeurs et entreprises : mise en place d’entretiens professionnels, projet d’évolution professionnelle, conseil RH,
  • Des formations courtes.

Sur votre site, on peut lire que le CIBC est passé par une phase critique, vers 2010, avant de reprendre le chemin de la rentabilité vers 2014. Ce retour à la croissance fait suite à quels changements stratégiques ?

Jean-Joël Fraizy, directeur du CIBC Alpes-Provence

C’est un ensemble de facteurs. Notre métier, c’est l’accompagnement individuel , ce qui nécessite une certaine rigueur dans le suivi des dossiers. Nous avons dû faire un travail de réajustement de nos méthodes de travail pour être rentables et efficaces.

Par ailleurs, ce retour à la croissance s’explique également par une conjoncture favorable.

La structure d’origine du CIBC Alpes-Provence, basé alors dans les Hautes Alpes, a fusionné avec le CIBC des Alpes-de-Haute-Provence et nous avons commencé à travailler dans les Bouches-Du-Rhône.

Concernant le numérique, est-ce que le CIBC a mis en place une stratégie particulière pour répondre aux besoins croissants en compétences numériques ?

Jean-Joël Fraizy, directeur du CIBC Alpes-Provence

Nous avons toujours été au fait des questions liées au numérique, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons développé MaPlateformedOrientation.fr, une plateforme pour rendre certains contenus accessibles à distance, ce qui nous permet de faire ce qu’on appelle de la pédagogie inversée*.

Ainsi, au lieu de faire venir une personne et de faire le test pendant son rendez-vous, nous lui proposons de faire le test à distance et lorsque nous la recevons, nous pouvons centrer le rendez-vous uniquement sur le débriefing de son test.

En outre, si notre métier n’est pas d’évaluer les compétences numériques à proprement parler, nous incluons cette évaluation dans notre accompagnement.

Par ailleurs, en tant qu’évaluateurs Cléa, nous travaillons également à la mise en place d’un Cléa numérique dont le lancement aura lieu en 2019.

 

*La pédagogie inversée consiste pour l’élève, l’étudiant ou l’apprenant à consulter en ligne un certain nombre de contenus, parfois interactifs et ludiques en amont du cours, qui permet alors d’approfondir et compléter les connaissances acquises.

On peut voir sur votre site que vous faites également de l’accompagnement de dirigeants d’entreprise.

Pensez-vous qu’actuellement les dirigeants d’entreprise ont des attentes proportionnelles aux moyens (disponibilité, budgets…) qu’ils donnent à leurs salariés pour être plus performants ?

Jean-Joël Fraizy, directeur du CIBC Alpes-Provence

Aujourd’hui, les attentes des dirigeants concernant l’information sur la formation sont complètement légitimes, car c’est un investissement.

Et ils sont nombreux à être conscients qu’améliorer la performance de son entreprise, ça passe aussi par la formation des collaborateurs. Cependant, ils rencontrent des difficultés à trouver des financements pour ces formations.

Parallèlement à ça, il y a effectivement des employeurs qui n’ont pas encore pris conscience de l’utilité de former leurs collaborateurs. Notre mission, dans ce cas précis, consiste à leur expliquer que c’est un investissement pour l’avenir de leur société et que la formation permettra à leur employés d’être davantage compétitifs.

Je ne pense pas que leurs attentes soient démesurées. J’ai plutôt l’impression que quand on est très pris par l’activité de son entreprise, la question de la formation ne paraît jamais urgente. Si le carnet de commandes est plein, les employeurs ne voient pas l’intérêt d’envoyer un employé en formation, au contraire, ils ont besoin de lui/elle sur place.

Pourtant, il faut intégrer ce sujet dans la marche normale de l’entreprise car la formation d’aujourd’hui, c’est leur développement de demain.

D’ailleurs, la réforme de la formation a pour but d’aider à anticiper sur ces sujets, car la formation, et en tant que dirigeant moi-même je suis bien placé pour le savoir, ce n’est pas la préoccupation au quotidien. Et pourtant, ça doit faire partie des préoccupations de l’entreprise.

Vous êtes parmi les 1er concernés par la loi du 5 septembre 2018 “Pour la liberté de son choisir son Avenir Professionnel”. Quel est votre avis sur cette loi, en tant que spécialiste de la formation et de l’orientation professionnelle ?

Sur quels décrets, qui entreront pour la plupart en vigueur entre fin 2018 et le 1er trimestre 2019, serez-vous particulièrement attentifs ?

Jean-Joël Fraizy, directeur du CIBC Alpes-Provence

Cette loi pose des grands axes évoqués lors de la matinale**. On constate qu’il y a une logique d’autonomisation, de simplification. A priori, ce sont de bonnes orientations.

Et cela nous place, en tant qu’acteur de l’orientation professionnelle, au cœur des opérations, car nous jouerons pleinement notre rôle de conseiller, de charnière entre les entreprises et les centres de formation.

Les personnes auront encore plus besoin de conseil et d’accompagnement pour savoir quelle formation est la plus adaptée à leur situation, comment trouver des financements complémentaires... C’est une vraie opportunité pour des structures comme le CIBC.

Une inquiétude cependant, partagée par l’ensemble des acteurs de la formation : nous nous demandons quel modèle économique se profile. Car désormais, ce sont les personnes qui gèreront directement leurs droits à la formation. En conséquence, nous allons réorienter notre communication en direction de celles-ci et nous ne serons plus seulement des experts en montage de financement, mais en évaluation du contenu des formations.

Depuis 2000, le monde du travail a évolué.

Dans l’imaginaire collectif, en 2000, on entrait dans une société et on suivait une évolution progressive, au gré des départs à la retraite et des opportunités. Aujourd’hui, on reste de moins en moins longtemps dans un poste et les salariés semblent reprendre la main dans leur projet professionnel.

Est-ce une impression ? Quelles évolutions observez-vous ?

Jean-Joël Fraizy, directeur du CIBC Alpes-Provence

Les carrières professionnelles sont bouleversées.

C’est un lieu commun, mais nous le remarquons à notre échelle. Les personnes changent plus souvent de métier. Et tous ces changements, parfois imposés, créent de l’angoisse et des tensions dans le monde du travail. L’incertitude est plus marquée qu’il y a 30 ans, de nombreuses personnes la vivent.

En conséquence, il devient plus difficile de se projeter et d’avoir un peu de stabilité.

D’ailleurs, la plupart de nos conseillers sont psychologues de formation, ils sont aptes à recueillir cette parole.

Nous remarquons aussi que le dialogue social est plus difficile dans certains secteurs d’activité. Les objectifs de performance rendent les gens malades. Pour certaines personnes le travail devient synonyme de souffrance. Cette situation peut être causée par des attentes ou des objectifs trop élevés ou mal cadrés fixés par la hiérarchie, l’organisation au travail…

Auparavant, les salariés nous sollicitaient essentiellement pour se réorienter. Aujourd’hui, nous avons davantage de cas de souffrance au travail.

D’autre part, nous recevons de plus en plus de demandes de réorientations radicales provenant de personnes travaillant dans le tertiaire ou exerçant une profession intellectuelle, pour changer de vie. Diplômés bac + 5, ils veulent se former à l’agriculture, les métiers liés à la nature, l’artisanat… Nous avons de plus en plus souvent ce type de profil.

Cela s’inscrit dans un contexte global de quête de sens au travail.

Enfin, nous recevons un peu plus de femmes que d’hommes. Cette tendance est stable depuis quelques années.

Une de vos agences se trouve au Centre Amadeus, dans le centre d’Aix-en-Provence. Pourquoi avoir choisir ce lieu ?

Jean-Joël Fraizy, directeur du CIBC Alpes-Provence

Nous avons choisi d’ouvrir un centre dans le Centre d’Affaires Amadeus pour plusieurs raisons : le centre est idéalement situé pour nous.

En outre, il rassemble plusieurs entreprises. Et il est important pour nous d’être entourés d’acteurs du monde de l’entreprise, d’être au cœur de cette effervescence.

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